Archive for the ‘partage’ Category

zotero!

Wednesday, December 23rd, 2009

après avoir passé le mois dernier à errer, de bibliothèque en bibliothèque, afin de rassembler à peu près toutes les publications, éditions, préfaces, textes sur et autour de Sade pendant la première moitié du XXe siècle français, je me suis posé deux ou trois questions quant à la gestion de toute cette masse de documents.

ce qui m’a amené à faire une découverte fantastique à propos de laquelle mon enthousiasme déborde jusqu’ici : zotero! ça sera sans doute bientôt un outil indispensable pour quiconque travaille avec des livres, du texte, et doit gérer les sources de l’information qu’il rassemble et repartage à sa façon.

c’est un module Firefox qui, à travers une interface intégrée de manière transparente à votre navigateur, permet de gérer des banques de données de documents — des bibliographies, bref. le plus fantastique dans l’histoire, c’est qu’en plus d’être gratuit, zotero permet, à partir de l’ouverture d’un compte sur leur serveur, de synchroniser votre « bibliothèque » depuis n’importe quel ordinateur connecté à Internet… par le passé, j’ai essayé Endnote et quelques trucs du genre, mais c’est souvent très pesant, difficile à manoeuvrer et peu pratique pour le partage et la collaboration. et zotero permet aussi d’exporter où et comme bon vous semble les références de votre choix (c’est-à-dire qu’il compose vos notes de bas de pages et bibliographies, à même Word et compagnie, à votre place).

à partir d’un compte zotero, vous pouvez, en plus de vous faire un superbe profil — voyez le mien ici —, créer des « groupes » afin de collaborer avec d’autres personnes autour d’un même projet, d’une même base de références. splendide, bien sûr, pour les groupes de recherche, mais aussi — et c’est ce que je me propose d’essayer — pour permettre la centralisation de certaines informations. bien concrètement, par exemple, j’ai lancé un groupe du nom de « Lectures de Sade » (en hommage au livre de Françoise Laugaa-Traut dont j’admire le format pour plusieurs raisons) et j’entends, bien que ça n’intéresse évidemment qu’une poignée de personnes, y rendre disponible le résultat de mes recherches : une bibliographie exhaustive d’à peu près tous les textes sur le charmant marquis de Sade.

ça fonctionne un peu sur le modèle Twitter  — mon profil Twitter est d’ailleurs par là —, où vous pouvez « suivre » les gens, les groupes qui vous intéressent, et où d’autres peuvent aussi « suivre » vos aventures virtuelles, sans que cela ne vous lie ensemble comme deux boulets à la manière détestable du modèle Facebook, par exemple. vous pouvez donc joyeusement vous inscrire au groupe « Lectures de Sade », et « suivre » tout ça via mon profil zotero.

je n’en suis pas rendu là, mais on peut aussi via le profil zotero partager beaucoup d’informations du type curriculum vitae, et, à moins qu’un compétiteur n’écrase bientôt zotero, je ne serais pas surpris de voir, d’ici quelques mois ou années, tous les universitaires et académiciens se lier via zotero comme d’autres échangent leurs cartes d’affaires.

je pourrais en dire encore long, puisque, bon, concrètement, j’ai esquivé plusieurs détails du fonctionnement de zotero — alors deux mots de plus. d’abord, c’est assez simple de nourrir votre bibliothèque : une fois le module installé, chaque fois que vous vous trouvez sur une page web qui présente une notice de livre (bibliothèques, amazon, whatever…), un petit icone apparaîtra au bout de la barre d’adresse et d’un clic la référence complète basculera dans votre bibliothèque. c’est assez fort. quant au deuxième mot, il concerne la possibilité qu’offre zotero d’ajouter des notes sur les références — par exemple, vous avez sélectionné quelques citations que vous désirez commenter : notez le via zotero, qui gardera liés et la référence, et les notes ajoutées, et le ou les fichiers que vous aurez cru bon de lier à l’ensemble.  quel outil fantastique, eh.

mais bon, là-dessus, allez donc voir le vidéo sur la page d’accueil de leur site, par là : zotero.org.

du sens.

Friday, November 20th, 2009

« Il faut en finir avec l’idée que le sens serait explicatif. L’explication n’est bonne qu’à domestiquer ce qui nous entoure. Le sens ne saurait être le complice de cette appropriation généralisée qui transforme la réalité en nomenclature : il est vivacité, non pas fixation ; il transforme et matérialise. À quoi mène cette transformation ? Elle est infinie, c’est-à-dire interminable1. »

  1. Bernard Noël, Magritte, Paris  : Flammarion, 1976, p. 40. []

vie & mort (II).

Thursday, November 12th, 2009

« [...] mais il tenait bon. Et il tenait bon c’est peu dire : il dégageait souvent une assurance des plus limpides qui engageait la confiance de ceux qui l’entouraient — l’assurance de celui qui n’a rien à perdre et qui est prêt à tout, une assurance féroce, presque guerrière lorsqu’il s’emportait et voulait tout renverser, de toute nécessité tout renverser. C’est Charlie qui parle. Son sourire dans ces moments n’était qu’un appel d’air — il en était souvent obsédé.

Ce jour-là, d’ailleurs, dans son atelier, je me rappelle, après qu’il ait passé plus d’une heure à choisir méticuleusement les teintes pour garnir sa palette et fait seulement quelques traits sur une toile, il s’est agité. Il s’est agité et, pris de panique, s’est mis à ouvrir brutalement toutes les fenêtres, toutes les ouvertures. Il manoeuvrait fiévreusement mais consciencieusement. Même au bord de l’étouffement c’était le genre de type qui gardait contenance. Mais tantôt des dérangements mineurs, des événements, vous en conviendrez, somme toute banaux et relativement douillets — la sonnerie du téléphone par exemple —, le mettaient hors de lui. Évidemment, dans l’ensemble il dégageait une certaine instabilité, mais on ne pouvait pas savoir. On ne pouvait pas savoir où son instabilité allait le mener — on ne pouvait pas savoir qu’une telle instabilité était autre chose que nécessaire.

À cette époque déjà, et même encore aujourd’hui, malgré tout ce qui s’est passé et qui me sépare de ce que j’étais alors, je crois fermement que l’essentiel est lié à l’instable. Je ne dis pas que l’essentiel est instable — encore moins que l’essentiel est d’être instable —, mais je crois, et c’est Charlie aussi qui parle, que pour renouveler ce que veut dire être au monde il faut puiser dans l’incertitude, dans ce qui tremble sous nos pieds et résiste à l’appropriation. Vouloir — être, penser — est un verbe — le verbe même de la vie peut-être — pétri de défaillance. Je suis… peut-être. Peut-être plutôt ne suis-je au fond que l’envers d’une absence : une absence d’oubli — et je vis avec le spectre inlassable de ce qui a été, cela ne fait plus de doute. De ce qui a été mais aujourd’hui n’est plus. N’est plus rien sinon ce qu’il reste — sinon tout ce qu’il me reste.

Vous savez, [...] »

vie & mort.

Monday, November 2nd, 2009

car comment voulez-vous savoir si vous êtes vivants ou vous êtes morts — comment savoir si Charlie est mort et nous sommes vivants ; peut-être suis-je mort et Charlie vit encore peut-être ne suis-je rien que l’envers du spectre de Charlie peut-être Charlie n’est-il qu’un visage de la mort alias Charlis alias le mort n’est jamais aussi mort qu’on le croit

*

« On est dans un atelier — je ne sais pas à quelle époque. Ne me demandez pas en quelle année nous sommes. Ça sent la peinture. Un homme, au fond de la pièce, est affairé. Tantôt il brasse un pot de peinture, tantôt en lance un vide en direction d’un tas d’autres pots qui semblent vides aussi. Le choc produit un pincement métallique qui demeure en l’air plusieurs secondes après l’envoi. Ça se passe avant la rencontre de Mélusine. Je dis ça parce qu’après le tas de pots vides a disparu, avec d’autres déchets qui encombraient l’atelier. Mélusine, voyez-vous, n’aurait jamais toléré un tel désordre. Elle ne l’a jamais dit — c’était une femme pleine de caprices muets. L’homme — c’était Charlie, bien sûr — avait compris cela dès qu’il aperçût Mélusine. Il s’est alors adapté, transformé, métamorphosé en fonction de cette nouvelle lueur prête à éclairer sa nuit. Mais dans cette scène, dans ce que le souvenir porte aujourd’hui à mes lèvres, Charlie était seul — extrêmement seul. Sa solitude laissait des traces sur son corps : il était mal rasé, ça devait faire plusieurs jours qu’il n’avait pas mis un pied à l’extérieur.

Et son corps — maigre, assez longiligne : il était un peu plus grand que la moyenne, je crois, mais ce n’est pas ce qui frappait chez lui. Moi, il me laissait venir le visiter, lui tenir compagnie presque, en souvenir peut-être des quelques années où il m’avait enseigné le dessin, je ne sais trop. Son visage — ses yeux semblaient avides — paraissait tenir dans un étrange équilibre. Sous ses traits, d’une placidité extrêmement sérieuse, perlait constamment le désespoir le plus tremblant. Il semblait sans cesse sur le point de se décomposer — [...] »

savoirs.

Saturday, May 30th, 2009

Vous savez, j’essaie simplement d’éviter que les choses ne tournent mal. Mais à vrai dire, je ne sais plus, je n’ai plus le temps de savoir. De quelles conneries pourrais-je encore bien parler aujourd’hui? Il y a bien tous ces projets qui m’animent et que j’anime par la force des choses, mais pour la plupart il m’est impossible d’accepter qu’ils débordent par ici. Principalement, je travaille depuis un certain temps à deux projets — le premier vous emmerderait sans doute: université oblige, il s’agit d’un mémoire, tout ce qu’il y a de plus classique, portant sur la figure du marquis de Sade dans la première moitié du 20e siècle français ; le second, c’est que je ne voudrais pas me tirer dans le pied, mais il s’agit d’un roman dont tout ce que je peux vous dire sans me nuire est la première phrase: “Cette nuit, j’ai chié explosif.” J’espère que ça vous aura convaincu.

Cela dit, il y a quelques années j’utilisais plutôt ces espaces de l’interw3bs comme espèce de cahiers d’expérimentations. On y retrouvait trois ou quatre lecteurs, des poèmes échappés au jour le jour, le tout dans un ambiance évidemment intime, mais aussi parfois tragique, parfois n’importe quoi — à la bonne franquette, bref. Aujourd’hui, ça me semble peu approprié. Et c’est sans doute de ma faute. Je ne sais alors quel courage de continuer me donnaient ces lecteurs, mais force est de constater qu’à travers ces poèmes donnés en pature je développais en quelque sorte rigueur et ouverture. C’est-à-dire que j’apprenais l’importance du travail constant, et la manière de laisser peu à peu des prises aux gens sur ce qui m’animait. M’échapper comme ça m’avait toujours fait peur. Et aujourd’hui encore peu de choses m’effraient sans doute autant. Mais qu’importe. Le fait est que je ne peux plus partager ce que je partageais alors, pour la simple et bonne raison que j’ai pris confiance, et que je travaille mieux seul.  Voilà — enfin — mon jeu.

À partir de là, faut s’ajuster. Fini les semblants de poèmes abandonnés dans le coin, fini les extraits de roman pour boucher les trous. Mais qu’est-ce qu’on va bien fouttre? C’est sans doute une évidence, mais je ne sais trop. Je pourrais partager avec vous mes lectures, mais trois raisons m’en empêchent. D’abord, je lis trop, et je suis paresseux, ce qui veut dire que tout ce que j’en conserve est trop brouillon et que si je veux que les choses changent je devrai lire moins — hors de question. Et enfin, je travaille depuis déjà un certain temps à développer un petit script “aide-lecture”, c’est-à-dire quelque chose qui permette de gérer intelligemment citations, notes de lecture, critiques, brouillons, etc. Cela dit, encore une fois, j’aime bien partager à droite et à gauche quelques citations sur lesquelles je tombe. On va continuer comme ça. Sinon, je sors trop peu pour jouer les fins critiques.

Mais, mais, mais — c’est décidemment votre jour de chance — puisque je suis allé voir L’orgie de la tolérance de Jan Fabre cette semaine et que j’en suis sorti renversé (non mais quand même, peu de shows en ville sont aussi disons énergiques), je vous laisse sur quelques photos de ses installations.

Autoportrait en plus grand ver du monde(Autoportrait en plus grand ver du monde, 2008)
Champ de stratégie (Waterloo)(Champ de stratégie (Waterloo), 1998)

Allez voir par là si vous en voulez plus:  http://janfabreaulouvre.blogspot.com/.

Sinon, bonne journée et merci pour le poisson.

grève.

Sunday, April 19th, 2009

chers amis,

à nouveau il me faut répandre de la parole. vous le savez, je ne le fais jamais sans nécessité, ni sans d’impossibles précautions. mais là: il le faut.

je vous laisse voir par vous-mêmes les dernières nouvelles d’Uqamix… la situation est grave, camarades, mais — il faut le dire — j’ai confiance.

uqamix

pour télécharger l’ensemble: première partie & deuxième partie.

bon courage, et merci.

(et faute de savoir précisément qui il faut créditer pour ces aventures d’Uqamix, je dois vous laisser savoir qu’elles sont arrivés jusqu’ici depuis le corps professoral… mais encore? à voir.)

puzzle sadien.

Monday, November 17th, 2008

question de colorer un peu le territoire circonscrit par mon projet sur Sade…

(malheureusement, je n’ai pas fait ça tout seul. http://www.wordle.net/ y est pour quelque chose…)

salut Sophie Calle!…

Thursday, October 9th, 2008

Bon, okay ; c’est fait. Quand une star de l’art contemporain débarque en ville l’obligation pèse, ne serait-ce que pour le côté « comique » de la manifestation, de s’y pointer. C’est peut-être partir du mauvais pied, me dira-t-on, puisque ce sens du devoir convient assez mal à mon enfermement saisonnier ; passons.

Mais comique ne semble pas d’un emploi partagé — à mi-chemin de la visite, on m’interpelle pour savoir sur le vif ce que j’avais à dire de ma randonnée : haussements d’épaule, moue fuyante, mais « comique » sur les lèvres… « – Comique? » On me regarde, un peu perplexe, un peu interrogateur : « – Ah, tu as vu le perroquet? » Oui, voilà, dans le mille : comme si ce qui me frappait, qui appelait en moi cet assaut d’adjectif paradoxal, c’était que parmi cette manifestation on ne peut plus « entourée » (pour ne pas sombrer dans la débâcle et blasphémer : « institutionnalisée », « ouverte au bavardage », « humaine »…), on se permettait un tremplin ridicule qui nous reposait enfin en nous rappelant la noblesse de notre humanité. Non, je n’avais pas encore vu le perroquet à cet instant.

Bien sûr, il s’agit d’un théâtre intime, bien sûr chacun sa tasse de thé et l’obligation n’est donnée à personne de porter devant soi une exigence impossible qui peut-être n’amuserait que quelques uns. Bien sûr, mais encore… D’entrée de jeu, l’aspect conciliateur et douillet d’une telle entreprise me fait sourciller. Mais enfin, passons : qu’en est-il de l’exposition? De quoi s’agit-il? « Prenez soin de vous » semble déjà nous inviter par son titre un peu ludique à revenir vers soi, à mettre de l’avant la simplicité du conseil, une écoute toute simple. Entrons plus avant : Sophie Calle reçoit une lettre de rupture, postule une impossibilité de la recevoir comme si la lettre s’adressait à une autre ; elle n’a fait que suivre le conseil qui clôt la lettre : « Prenez soin de vous ». Et c’est ce qu’elle fait, nous apprend-elle : « Prendre soin de moi », concluent quelques mots sur le mur avant de nous laisser pénétrer plus avant dans ce qui constitue l’exposition. Cet impératif d’entrée est clair et donne à mon sens le ton à l’ensemble : « Prendre soin de moi » et non « prendre soin de soi », variante dont la portée éthique aurait peut-être ouvert un dialogue moins narcissique que cet exercice public où 107 diverses spécialistes sont convoquées pour « prendre soin », chacun leur tour, de Sophie Calle.

Puisque voilà le dispositif : de cette impossible réception, on fait un pas de plus : on demande à d’autres de la recevoir pour soi, de la « déchiffrer » dans une langue qui n’est pas la nôtre, en la transformant en une matière symbolique qui donnera peut-être enfin prise à la destinataire. C’est alors que la lettre se transforme en mots-croisés, en document juridique, en matériel publicitaire, etc., et c’est parti : droite ligne vers un dérapage qui m’apparaît sans ampleur.

Bien sûr, il ne faut pas que chialer, bien sûr une telle entreprise a aussi droit à sa part du gâteau. Bien sûr, elle est représentative de pratiques dont le déploiement s’effectue à partir de traces quotidiennes, personnelles, où le geste de l’artiste, donnant une structure intentionnelle à une forme quasi-banale (bien qu’il soit humiliant pour l’auteur de la lettre « analysée » d’y référer ainsi, puisque semble-t-il qu’il se présente comme un « écrivain » malgré l’alambiquement généralisé qui se dégage de la lettre) construit une « œuvre ». Mais encore, je ne suis pas totalement convaincu. Tout geste implique des choix, et le geste artistique fait tout sauf exception à la règle : même le refus du « choix » (le refus de faire une lecture de la lettre soi-même, de demander à l’autre d’en dégager pour soi une lecture digérable) constitue une prise de position qui, plutôt que de mettre en résonance un aspect fondateur du geste artistique, me semble tourner bien vite au ridicule, à la caricature. Mais qu’on ne m’entende pas de travers : j’aime bien rire, et je suis toujours le premier à lire du comique partout où l’on s’y attend le moins. Peut-être trop. Enfin, c’est ce qu’on m’a fait sentir : ce n’est pas l’occasion de rire, mais d’aider son prochain.

Certes, le refus du « choix » représente une prise de position minimale (« ne pas faire de choix »). Dès que l’« irrecevabilité » de la missive est postulée, voilà tremplin parfait pour le déploiement de tout un jeu de relativisation qui, bien que comique, cocasse, amusant, etc., me semble paradoxalement sans grande perspective. On me demandera peut-être pourquoi il devrait y avoir de la perspective, de l’ampleur, du mouvement, de vastes bouleversements. On me dira qu’il faut une place pour le lit douillet de la timidité. Et je n’aurai rien à redire tant j’ai la conviction qu’il y a une part d’humilité absolument essentielle au seuil même du geste créateur. Mais voilà, au lieu d’un exercice d’humilité il faut tout de même se demander s’il n’y a pas là un exercice d’humiliation un peu triste envers le grand « écrivain » que l’on s’entête à juger.

Juger, constamment, il n’y a que cela : lire quelques lignes, décontextualiser jusqu’au ridicule de manière à construire un objet symbolique qu’alors là on se sent en droit de juger parce que bien sûr on l’a construit. Toute une entreprise, bref, où par un détour indirect qui joue sur la multiplication des points de vue, la relativité de la lecture, on entend permettre à Sophie Calle de congédier à son tour l’autre imbécile par un jugement dont les fondements devraient pourtant lui empêcher de s’approprier ce dernier jugement puisqu’elles en sapent d’entrée de jeu la possibilité même. Enfin.

Passons. Sur le travail comique – presque dérisoire – de déplacement où l’on fait travailler un discours spécialisé sur un matériel inusité, jeu de déplacement bien sûr, de transgression de certaines contraintes liées à chacune des pratiques qui, bien sûr jette un éclairage particulier à la fois sur la spécialisation, sur chacune des disciplines, sur l’objet à l’étude, etc., mais qui n’est porté par aucune nécessité. Autre jeu sans doute sur l’hypercontextualisation de tout acte de communication, à quoi on réduit parfois la missive, tantôt l’analysant comme un document juridique, tantôt en la transformant en partition musicale, en mots-croisés ou encore en jouet pour animaux (le perroquet!). Tout cela est on ne peut plus ouvert, suivant la mode du jour repérée depuis belle lurette par Eco : mais la place du « spectateur », qu’est-elle en réalité? Doit-il faire le deuil à sa place? Que donne cette manifestation à réfléchir? De mon côté, les prises que j’y ai trouvé m’ont semblé d’une portée assez triste vu l’« événement » qu’on fait d’une exposition de ce type, dont pourtant le caractère systématique nous permet presque de faire le tour en moins de quinze minutes.

Bien sûr, il ne faut pas tout gober. Allez voir, aussi nombreux que vous êtes. Et revenez chialer de mon côté. Je voulais foutre un peu le bordel, sans trop savoir pourquoi ; peut-être parce que le caractère douillet d’une telle entreprise me convient peu — trop sympathique, peut-être? Je préférais le travail presque fantomatique que Sophie Calle effectuait avec diverses « traces » où l’ombre prenait forme d’une manière toute paradoxale (je pense entre autres à trois petits livres dont j’oublie le titre mais qu’on retrouve souvent en coffret « trilogique »). Il me semblait y avoir là un « travail sur la trace » singulier et intéressant, qui mettait à jour d’une manière tout à fait pertinente certaines conditions de la pensée, nous mettait sous les yeux un aspect inusité du fonctionnement de la mémoire ; bref, cela nous permettait de nommer quelque chose. Mais là – bien sûr, la multiplicité des lettres qui y sont présenté existent toutes d’une manière paradoxale au confluent de la trace envoyé par l’« écrivain » et de chacune des lectrices convoquées mais…

 

Et que dire de cette manie de se parler les uns les autre sur fond public…

 

(Détails culinaires: ça se passe chez DHC/Art, dans le Vieux-Port, au 451 rue St-Jean (bonne chance!), allez voir leur très-mal-fait site Web pour un peu plus d’infos si vous êtes courageux: http://www.dhc-art.org/)