pères.

« Et le bruit dans la maison, pas vraiment du bruit, mais un mouvement sonore de la vie qui disparaît, les brancardiers y étaient habitués, ça ne les bouleversait en rien, qu’ils disaient. Ils racontaient des histoires horibles. Elles étaient vraies, on ne sait pas, mais ç’aurait pu nous aider à supporter le moment de douleur qu’on sentait aussi mal que des bras de chaise, fallait qu’on y goûte. Mais c’était pas l’horreur, seulement la mort, le père Beaumont mort comme un homme mort dans sa chaise qui ne berce plus. Un des brancardiers avait sous le nez une moustache qui lui cachait la bouche. Il a dit comment l’homme Verreault qu’on devait tous connaître, ils étaient allés le chercher dans son garage, il s’étaie chié dans le pantalon, son cric avait lâché. Il a dit comment l’homme Blouin qu’on devait tous connaître, ils étaient allés le chercher dans son garage, il avait la bouche en rond de non, sa pipe était tombée sur le béton. Il a dit comment l’homme Chaperon qu’on devait tous connaître, ils étaient allés le chercher dans son garage, il avait un bâton planté dans le mou de la tête et une jambe en bois lui manquait. Il a dit comment l’homme Comeau qu’on devait tous connaître, ils étaient allés le chercher dans son garage, il n’avait plus de visage, il se l’était pelé, dit-on, après avoir foré pour rien un puits au milieu de son gazon. Il a conté aussi, chaque fois plus horrible, la trouvaille de l’homme Coulon, la trouvaille de l’homme Poulin, la trouvaille de l’homme Chapdelaine, la trouvaille de l’homme Guimond, la trouvaille de l’homme Lebreux, la trouvaille de l’homme Rouleau, qu’on devait chaque fois tous connaître mais qu’on ne connaissait personne. Mais le prêtre Morovitche qui connaît tous les morts, faisait oui chaque fois en se signant1. »

*

par là, sur remue.net, l’entretien (première, deuxième et troisième parties) qui m’a décidé à ouvrir ce livre surprenant. ça prend langue d’une manière originalement novarinienne, on dirait. j’irai relire La chair de l’homme après. si je le trouve.

  1. Hervé Bouchard, citoyen de Jonquière, par la bouche de L’ORPHELIN DE PÈRE NUMÉRO UN, Parents et amis sont invités à y assister, Montréal : Le Quartanier, 2006, p. 34-35. []

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