Posts Tagged ‘conseils pratiques contre la paralysie’

questions.

Friday, January 15th, 2010

Il est facile de me piéger. Un bruit, une interférence, une question, et me voilà rompu comme une braise sans flamme. L’interrogation est brûlante, l’instant incertain. Faut-il vraiment répondre — répondre par une question, la question de la question ? Je ne me la renvoie pas souvent. Comment cristalliser en une poignée de mots l’obsession qui vous porte ?

Mon instinct est le recul.

Pourquoi parler de ?

Mais j’ai parlé trop vite, bafouillé comme d’habitude. Et puisque j’aime les listes, c’est ainsi que la brèche a fourmillé en moi. Ces questions, aussi abstraites que partielles, portent ma part de nuit.

Comment savoir que ce qui a eu lieu a eu lieu ?

Comment la matière devient-elle événement ?

Est-ce que Mélusine est vraiment morte ?

Quel est le nom de cette ville impossible ?

Y a-t-il vraiment le calme après la tempête ?

Comment vivre par-delà soi ?

Harry ?

Comment la représentation se déploie dans la matière ?

Comment vivre le désir ?

Avez-vous le vertige ?

Quelle mémoire pour quel scandale ?

Que sommes-nous l’un en l’autre ?

Comment les mots deviennent-ils action ?

Comment est-il possible de peindre une femme comme Mélusine ?

Qu’est-ce qui vous permet de croire qu’elle n’est pas droit sortie d’un livre ?

Où suis-je ?

Qu’est-ce qui, de l’événement, est entré en moi et module chacun de mes mouvements ?

Qui est Charlie ?

Comment savoir si vous êtes vivant ou si vous êtes mort ?

Harry, est-ce bien vous ?

L’univers tient-il vraiment sur quelques feuilles de papier ?

Can I go back, now ?

Qu’est-ce que vous buvez ?

Que se cache-t-il dans l’ombre du visage ?

Mais comment ?

Qu’est-ce qui retient quelqu’un en vie, lui retire ou lui insuffle la possibilité de l’abandon ?

Où disparaît Alice ?

Qu’est-ce qui fonde le regard ?

Comment l’événement se découpe-t-il à même l’ombre de nos mémoires ?

Quelle est cette odeur ?

Aurais-tu l’obligeance d’enlever ta culotte ?

Là ?

*

Je me suis amusé à parcourir quelques pages de l’un de mes cahiers de travail afin de repérer les points d’interrogation. Je n’ai pas poursuivi la route très longtemps, pris de fatigue, me rendant bien compte de l’incroyable poids des questions qui traversent la construction d’un récit. Et comment faire converger les interrogations qu’incarne un projet de roman vers une seule question ? Pourquoi parler de…

Chemins qui ne mènent nulle part, comme disait l’autre ? Espérons que non.

non.

Friday, July 31st, 2009

je suis ailleurs.

*

« La nuit ne vient pas à la bouche, c’est de la bouche que la nuit sort1. »

  1. Michel Surya, Humanimalités, p. 217. []

savoirs.

Saturday, May 30th, 2009

Vous savez, j’essaie simplement d’éviter que les choses ne tournent mal. Mais à vrai dire, je ne sais plus, je n’ai plus le temps de savoir. De quelles conneries pourrais-je encore bien parler aujourd’hui? Il y a bien tous ces projets qui m’animent et que j’anime par la force des choses, mais pour la plupart il m’est impossible d’accepter qu’ils débordent par ici. Principalement, je travaille depuis un certain temps à deux projets — le premier vous emmerderait sans doute: université oblige, il s’agit d’un mémoire, tout ce qu’il y a de plus classique, portant sur la figure du marquis de Sade dans la première moitié du 20e siècle français ; le second, c’est que je ne voudrais pas me tirer dans le pied, mais il s’agit d’un roman dont tout ce que je peux vous dire sans me nuire est la première phrase: “Cette nuit, j’ai chié explosif.” J’espère que ça vous aura convaincu.

Cela dit, il y a quelques années j’utilisais plutôt ces espaces de l’interw3bs comme espèce de cahiers d’expérimentations. On y retrouvait trois ou quatre lecteurs, des poèmes échappés au jour le jour, le tout dans un ambiance évidemment intime, mais aussi parfois tragique, parfois n’importe quoi — à la bonne franquette, bref. Aujourd’hui, ça me semble peu approprié. Et c’est sans doute de ma faute. Je ne sais alors quel courage de continuer me donnaient ces lecteurs, mais force est de constater qu’à travers ces poèmes donnés en pature je développais en quelque sorte rigueur et ouverture. C’est-à-dire que j’apprenais l’importance du travail constant, et la manière de laisser peu à peu des prises aux gens sur ce qui m’animait. M’échapper comme ça m’avait toujours fait peur. Et aujourd’hui encore peu de choses m’effraient sans doute autant. Mais qu’importe. Le fait est que je ne peux plus partager ce que je partageais alors, pour la simple et bonne raison que j’ai pris confiance, et que je travaille mieux seul.  Voilà — enfin — mon jeu.

À partir de là, faut s’ajuster. Fini les semblants de poèmes abandonnés dans le coin, fini les extraits de roman pour boucher les trous. Mais qu’est-ce qu’on va bien fouttre? C’est sans doute une évidence, mais je ne sais trop. Je pourrais partager avec vous mes lectures, mais trois raisons m’en empêchent. D’abord, je lis trop, et je suis paresseux, ce qui veut dire que tout ce que j’en conserve est trop brouillon et que si je veux que les choses changent je devrai lire moins — hors de question. Et enfin, je travaille depuis déjà un certain temps à développer un petit script “aide-lecture”, c’est-à-dire quelque chose qui permette de gérer intelligemment citations, notes de lecture, critiques, brouillons, etc. Cela dit, encore une fois, j’aime bien partager à droite et à gauche quelques citations sur lesquelles je tombe. On va continuer comme ça. Sinon, je sors trop peu pour jouer les fins critiques.

Mais, mais, mais — c’est décidemment votre jour de chance — puisque je suis allé voir L’orgie de la tolérance de Jan Fabre cette semaine et que j’en suis sorti renversé (non mais quand même, peu de shows en ville sont aussi disons énergiques), je vous laisse sur quelques photos de ses installations.

Autoportrait en plus grand ver du monde(Autoportrait en plus grand ver du monde, 2008)
Champ de stratégie (Waterloo)(Champ de stratégie (Waterloo), 1998)

Allez voir par là si vous en voulez plus:  http://janfabreaulouvre.blogspot.com/.

Sinon, bonne journée et merci pour le poisson.

grève.

Sunday, April 19th, 2009

chers amis,

à nouveau il me faut répandre de la parole. vous le savez, je ne le fais jamais sans nécessité, ni sans d’impossibles précautions. mais là: il le faut.

je vous laisse voir par vous-mêmes les dernières nouvelles d’Uqamix… la situation est grave, camarades, mais — il faut le dire — j’ai confiance.

uqamix

pour télécharger l’ensemble: première partie & deuxième partie.

bon courage, et merci.

(et faute de savoir précisément qui il faut créditer pour ces aventures d’Uqamix, je dois vous laisser savoir qu’elles sont arrivés jusqu’ici depuis le corps professoral… mais encore? à voir.)

la désertion, le retour

Sunday, November 16th, 2008

il ne suffit pas de revenir pour déjà
être là ne suffit pas de rappeler ce que chaque
geste offre de possibles et voir
au retour l’ombre de la désertion

où suis-je vers où quand pourquoi chaque question
porte le ciel au bord des lèvres et
la morsure d’être là

-

de retour bientôt.

silences.

Friday, October 31st, 2008

Il y a dans le silence un tremblement de l’espace qui ouvre sur la peur : dire vertige dire allers et retours redire est-ce offrir notre dépossession au vertige fuyant qui se tapit entre nos os?

en cas de feu: briser la glace.

Saturday, September 13th, 2008

« Chaque matin lorsque j’étais enfant, avant d’aller m’aventurer, j’oubliais de noter sur mon calepin d’actions : Ne pas oublier de noter l’action sur le moteur de mon carnet d’action. Puis je notais : “Agir. Surtout agir. Ne pas oublier le monde.” Puis je le rangeais un par un1. »

  1. Valère Novarina, par la bouche du Professeur des mangeries, de l’Appeleur mangeant, de l’Homme à sa table ou d’un autre des 3171 personnages de La chair de l’homme, Paris, P.O.L., 1995, p. 144 []