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la nuit midi

Tuesday, February 23rd, 2010

l’absence ce qui demeure du geste lorsque l’obscur
m’entreprend l’absence le reste
de la lumière lorsque les corps ne frappent plus
lorsque l’espace cesse de battre
entre les mots

I am not ready for anything to happen

voilà où je suis anything
can happen savons-nous
vraiment ce qui fait que regarder
est possible avons-nous l’oeil
sous la langue la fin
du mot l’oubli l’oubli
entre nous le sens ne tient
qu’à l’espoir de se retrouver celui de retenir ailleurs
juste là ce qui reste juste là
ne cherchons pas refuge pourtant
dans l’immense fatigue du ciel

pères.

Thursday, January 7th, 2010

« Et le bruit dans la maison, pas vraiment du bruit, mais un mouvement sonore de la vie qui disparaît, les brancardiers y étaient habitués, ça ne les bouleversait en rien, qu’ils disaient. Ils racontaient des histoires horibles. Elles étaient vraies, on ne sait pas, mais ç’aurait pu nous aider à supporter le moment de douleur qu’on sentait aussi mal que des bras de chaise, fallait qu’on y goûte. Mais c’était pas l’horreur, seulement la mort, le père Beaumont mort comme un homme mort dans sa chaise qui ne berce plus. Un des brancardiers avait sous le nez une moustache qui lui cachait la bouche. Il a dit comment l’homme Verreault qu’on devait tous connaître, ils étaient allés le chercher dans son garage, il s’étaie chié dans le pantalon, son cric avait lâché. Il a dit comment l’homme Blouin qu’on devait tous connaître, ils étaient allés le chercher dans son garage, il avait la bouche en rond de non, sa pipe était tombée sur le béton. Il a dit comment l’homme Chaperon qu’on devait tous connaître, ils étaient allés le chercher dans son garage, il avait un bâton planté dans le mou de la tête et une jambe en bois lui manquait. Il a dit comment l’homme Comeau qu’on devait tous connaître, ils étaient allés le chercher dans son garage, il n’avait plus de visage, il se l’était pelé, dit-on, après avoir foré pour rien un puits au milieu de son gazon. Il a conté aussi, chaque fois plus horrible, la trouvaille de l’homme Coulon, la trouvaille de l’homme Poulin, la trouvaille de l’homme Chapdelaine, la trouvaille de l’homme Guimond, la trouvaille de l’homme Lebreux, la trouvaille de l’homme Rouleau, qu’on devait chaque fois tous connaître mais qu’on ne connaissait personne. Mais le prêtre Morovitche qui connaît tous les morts, faisait oui chaque fois en se signant1. »

*

par là, sur remue.net, l’entretien (première, deuxième et troisième parties) qui m’a décidé à ouvrir ce livre surprenant. ça prend langue d’une manière originalement novarinienne, on dirait. j’irai relire La chair de l’homme après. si je le trouve.

  1. Hervé Bouchard, citoyen de Jonquière, par la bouche de L’ORPHELIN DE PÈRE NUMÉRO UN, Parents et amis sont invités à y assister, Montréal : Le Quartanier, 2006, p. 34-35. []

tropismes.

Thursday, September 4th, 2008

depuis hier me reviennent sans cesse en tête les mots d’Enrique Villa Matas au sujet des tropismes, ce jeu fantasmatique qui ouvre la chasse aux possibles. chez lui, il y a une fascination pour tout ce qui a failli exister, pour chaque tangente que la vie, l’écriture auraient pu prendre – il rêve de voir les littérateurs porter attention à tous ces livres inexistants auxquels les auteurs ont songés sans les poursuivre. à une échelle moins grande, c’est mon propre vertige qu’il me fait parcourir : devant chaque phrase, chaque mot, des milliers s’ouvrent, me parlent à l’oreille. il s’agit hors de tout doute d’un exercice envers lequel la résistance est immense – et donc la paresse… écouter : sentir le mot se délivrer face à soi qui disparaît devant ce qu’il faut. l’écriture que je cherche est cette traque sans fin de la nécessité – illusoire peut-être, qu’importe. devant tout ce qui s’offre à moi, parmi tout ce qu’il m’est possible de dire, quoi? le choix, l’écoute, le travail avec l’objet de mon attention : cette seule exigence et cette tâche déjà immense. dès que je me brise, j’écoute ces différentes parties de moi jusqu’à revivre. parfois celà peut être très long ; je fais un mauvaix choix, je suis paralysé des mois, des années peut-être. mais je recule toujours, je ne suis qu’écoute devant ce qui fuit. l’ivresse, l’oubli, la dispersion de soi dans le réel déplié – et puis : parmi le chaos tonitruant du monde, toujours l’écoute de ce martèlement inaudible, cet instant où l’espace faillit devant les mots.