Posts Tagged ‘une part de nuit’

bombes à retardement

Tuesday, February 2nd, 2010

Les gens sont des bombes à retardement. Vous croisez quelqu’un, vous le côtoyez des années ou quelques minutes seulement, et jamais vous n’êtes à même de saisir ce qu’il a laissé en vous. Ce qu’il a échappé, comme abandonné, et qui va exploser violemment un jour ou l’autre. Mais ça vous ne savez jamais, les règles du jeu ne sont jamais connues dès le départ. Parfois, les gens vous transforment en bombes à retardement, mais parfois ce sont eux-mêmes qui sont des bombes, à retardement ou non, toujours sur le point d’exploser et de vous emporter avec eux dans leur débâcle. En un sens, et bien sûr je ne suis pas le premier à le dire, mais la vie humaine est une farce, une blague un peu méchante.

questions.

Friday, January 15th, 2010

Il est facile de me piéger. Un bruit, une interférence, une question, et me voilà rompu comme une braise sans flamme. L’interrogation est brûlante, l’instant incertain. Faut-il vraiment répondre — répondre par une question, la question de la question ? Je ne me la renvoie pas souvent. Comment cristalliser en une poignée de mots l’obsession qui vous porte ?

Mon instinct est le recul.

Pourquoi parler de ?

Mais j’ai parlé trop vite, bafouillé comme d’habitude. Et puisque j’aime les listes, c’est ainsi que la brèche a fourmillé en moi. Ces questions, aussi abstraites que partielles, portent ma part de nuit.

Comment savoir que ce qui a eu lieu a eu lieu ?

Comment la matière devient-elle événement ?

Est-ce que Mélusine est vraiment morte ?

Quel est le nom de cette ville impossible ?

Y a-t-il vraiment le calme après la tempête ?

Comment vivre par-delà soi ?

Harry ?

Comment la représentation se déploie dans la matière ?

Comment vivre le désir ?

Avez-vous le vertige ?

Quelle mémoire pour quel scandale ?

Que sommes-nous l’un en l’autre ?

Comment les mots deviennent-ils action ?

Comment est-il possible de peindre une femme comme Mélusine ?

Qu’est-ce qui vous permet de croire qu’elle n’est pas droit sortie d’un livre ?

Où suis-je ?

Qu’est-ce qui, de l’événement, est entré en moi et module chacun de mes mouvements ?

Qui est Charlie ?

Comment savoir si vous êtes vivant ou si vous êtes mort ?

Harry, est-ce bien vous ?

L’univers tient-il vraiment sur quelques feuilles de papier ?

Can I go back, now ?

Qu’est-ce que vous buvez ?

Que se cache-t-il dans l’ombre du visage ?

Mais comment ?

Qu’est-ce qui retient quelqu’un en vie, lui retire ou lui insuffle la possibilité de l’abandon ?

Où disparaît Alice ?

Qu’est-ce qui fonde le regard ?

Comment l’événement se découpe-t-il à même l’ombre de nos mémoires ?

Quelle est cette odeur ?

Aurais-tu l’obligeance d’enlever ta culotte ?

Là ?

*

Je me suis amusé à parcourir quelques pages de l’un de mes cahiers de travail afin de repérer les points d’interrogation. Je n’ai pas poursuivi la route très longtemps, pris de fatigue, me rendant bien compte de l’incroyable poids des questions qui traversent la construction d’un récit. Et comment faire converger les interrogations qu’incarne un projet de roman vers une seule question ? Pourquoi parler de…

Chemins qui ne mènent nulle part, comme disait l’autre ? Espérons que non.

vie & mort (II).

Thursday, November 12th, 2009

« [...] mais il tenait bon. Et il tenait bon c’est peu dire : il dégageait souvent une assurance des plus limpides qui engageait la confiance de ceux qui l’entouraient — l’assurance de celui qui n’a rien à perdre et qui est prêt à tout, une assurance féroce, presque guerrière lorsqu’il s’emportait et voulait tout renverser, de toute nécessité tout renverser. C’est Charlie qui parle. Son sourire dans ces moments n’était qu’un appel d’air — il en était souvent obsédé.

Ce jour-là, d’ailleurs, dans son atelier, je me rappelle, après qu’il ait passé plus d’une heure à choisir méticuleusement les teintes pour garnir sa palette et fait seulement quelques traits sur une toile, il s’est agité. Il s’est agité et, pris de panique, s’est mis à ouvrir brutalement toutes les fenêtres, toutes les ouvertures. Il manoeuvrait fiévreusement mais consciencieusement. Même au bord de l’étouffement c’était le genre de type qui gardait contenance. Mais tantôt des dérangements mineurs, des événements, vous en conviendrez, somme toute banaux et relativement douillets — la sonnerie du téléphone par exemple —, le mettaient hors de lui. Évidemment, dans l’ensemble il dégageait une certaine instabilité, mais on ne pouvait pas savoir. On ne pouvait pas savoir où son instabilité allait le mener — on ne pouvait pas savoir qu’une telle instabilité était autre chose que nécessaire.

À cette époque déjà, et même encore aujourd’hui, malgré tout ce qui s’est passé et qui me sépare de ce que j’étais alors, je crois fermement que l’essentiel est lié à l’instable. Je ne dis pas que l’essentiel est instable — encore moins que l’essentiel est d’être instable —, mais je crois, et c’est Charlie aussi qui parle, que pour renouveler ce que veut dire être au monde il faut puiser dans l’incertitude, dans ce qui tremble sous nos pieds et résiste à l’appropriation. Vouloir — être, penser — est un verbe — le verbe même de la vie peut-être — pétri de défaillance. Je suis… peut-être. Peut-être plutôt ne suis-je au fond que l’envers d’une absence : une absence d’oubli — et je vis avec le spectre inlassable de ce qui a été, cela ne fait plus de doute. De ce qui a été mais aujourd’hui n’est plus. N’est plus rien sinon ce qu’il reste — sinon tout ce qu’il me reste.

Vous savez, [...] »

vie & mort.

Monday, November 2nd, 2009

car comment voulez-vous savoir si vous êtes vivants ou vous êtes morts — comment savoir si Charlie est mort et nous sommes vivants ; peut-être suis-je mort et Charlie vit encore peut-être ne suis-je rien que l’envers du spectre de Charlie peut-être Charlie n’est-il qu’un visage de la mort alias Charlis alias le mort n’est jamais aussi mort qu’on le croit

*

« On est dans un atelier — je ne sais pas à quelle époque. Ne me demandez pas en quelle année nous sommes. Ça sent la peinture. Un homme, au fond de la pièce, est affairé. Tantôt il brasse un pot de peinture, tantôt en lance un vide en direction d’un tas d’autres pots qui semblent vides aussi. Le choc produit un pincement métallique qui demeure en l’air plusieurs secondes après l’envoi. Ça se passe avant la rencontre de Mélusine. Je dis ça parce qu’après le tas de pots vides a disparu, avec d’autres déchets qui encombraient l’atelier. Mélusine, voyez-vous, n’aurait jamais toléré un tel désordre. Elle ne l’a jamais dit — c’était une femme pleine de caprices muets. L’homme — c’était Charlie, bien sûr — avait compris cela dès qu’il aperçût Mélusine. Il s’est alors adapté, transformé, métamorphosé en fonction de cette nouvelle lueur prête à éclairer sa nuit. Mais dans cette scène, dans ce que le souvenir porte aujourd’hui à mes lèvres, Charlie était seul — extrêmement seul. Sa solitude laissait des traces sur son corps : il était mal rasé, ça devait faire plusieurs jours qu’il n’avait pas mis un pied à l’extérieur.

Et son corps — maigre, assez longiligne : il était un peu plus grand que la moyenne, je crois, mais ce n’est pas ce qui frappait chez lui. Moi, il me laissait venir le visiter, lui tenir compagnie presque, en souvenir peut-être des quelques années où il m’avait enseigné le dessin, je ne sais trop. Son visage — ses yeux semblaient avides — paraissait tenir dans un étrange équilibre. Sous ses traits, d’une placidité extrêmement sérieuse, perlait constamment le désespoir le plus tremblant. Il semblait sans cesse sur le point de se décomposer — [...] »

Mélusine Mélusine

Saturday, October 17th, 2009

la nuit je sens tes mains câlines s’abîmer sur mon corps je sens la nuit respirer j’écoute un instant la pulsation et laisse battre en moi les reflets manquants de la lumière Mélusine où es-tu Mélusine le sommeil m’abandonne dès que je ferme l’œil je ne vois que du rouge je ne vois que la mort la mienne la tienne Mélusine qui es-tu donc pourquoi partir pourquoi rester pourquoi demeurer silencieux lorsque l’abomination recule devant soi Mélusine